vendredi 25 mars 2011

Soirée dansante

Collection privée
Le couloir est infiniment trop long, elle n'arrivera pas jusqu'à lui. La distance s’allonge à chacun de ses pas. Mais, il s'approche lui aussi. Ils se rencontreront au milieu du couloir. Selon son désir, ils sont face-à-face, au milieu du couloir entre les deux murs gris. Elle le voit au loin. Il n’a pas bougé. Il remarque sa robe mauve. Il ne sait pas s'il va lui sourire. Elle sourit pour lui. Dans le vestiaire, il la suit. Elle sait qu'il est derrière elle. Il y a des manteaux accrochés ; elle met le sien sur un cintre comme les autres et se retourne, mais elle sait déjà qu'il n'est plus là. D'autres personnes attendent pour suspendre leurs manteaux et la bousculent. Elle quitte le vestiaire et entre dans la salle de danse, immense, géante. Elle considère les tables et les chaises, le bar au fond à droite, l’orchestre un peu en décalé du bar. Des gens discutent par groupes, par grappes. Ils attendent la musique pour se mettre à danser. La lumière se tamise. Rose, violet, bleu, ... Pourtant on ne se voit pas vraiment. On s'apprête sur la piste. Les êtres deviennent silhouettes sur les murs. Elle distingue mal les danseurs. Elle le cherche en élevant la tête au-dessus des danseurs. Elle le voit. Il la cherche aussi. De sa main droite, il se touche le front. Elle l'épie ouvertement. Il se mêle aux danseurs. Il l'invite. Il sourit en la prenant contre lui. Le morceau dure. Ils sont enlacés. Il n'ose pas l'inviter. Il la regarde l’œil en coin. C'est elle qui vient à lui. Il s'est mis dans un coin. Elle s'est mise loin de lui, mais de façon à pouvoir le contempler. Il l’observe aussi de sa place. Elle se lève. Il attend. Il est à la même place. Il la regarde se diriger vers lui. Elle arrive et lui demande s'il ne danse pas. Les voilà qui dansent. Ils se sont compris et leurs cheveux se touchent. Elle est assise là-bas. Il ne danse pas. C'est avec elle qu'il danserait. Elle refuse d'autres invitations. C'est lui qu'elle attend. Elle l'appelle en elle. Il l'entend. Il vient enfin. Il lui tend la main et elle le suit. Elle danse seule. Il danse avec elle. Les autres peuvent bien se moquer : ils ne pouvaient pas se regarder éternellement. Il y a trop longtemps qu'il a attendu cette soirée. Pour venir, elle a menti. Elle aurait tout inventé et réinventé. Ses mains au creux de ses reins. Ses mains sur ses épaules. Elle a envie de glisser sur lui. Il a fermé les yeux. Son corps tout entier est dans l'instant. On tourne autour d'eux et ils se taisent. Ils dansent et font l'amour dans l'ombre. Il fait nuit dans la chambre. Elle le guide ; il suit docile. Dans l'ombre, la main dévêt et tremble un peu. Ils marchent prudemment avant de regarder l'heure et s'endormir l'un contre l'autre. Le jour reviendra pour que la nuit réapparaisse avec ses rites. Ils sont là parmi les choses. Mais les choses s'en foutent et disparaissent. Leurs yeux se sont mêlés et leurs corps exigent leur dû puisqu'ils sont là dans la lumière et la musique, elle dans son coin et lui, là-bas.


La soirée s'allonge et s'étire. Le temps attente se lasse. Minuit sonne. Conte de fée terminée. Les aiguilles ont rattrapé le temps. Les gens se dispersent. Dans son coin, il sourit et de là-bas, elle sourit à son tour. Ils vont partir. Ils reviendront à une prochaine soirée. Ils partent. Ils sont partis. Vide, silencieuse et muette, la salle se replie et se concentre pour s'évanouir dans leurs yeux.

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