mardi 3 novembre 2009

Le poil à Georgette

- là, tu le sens ce poil, me dit Georgette, en faisant glisser mon petit index sur son menton à la peau fripée.
Oui, bien sûr que je le sentais, il était comme un fil à coudre, rêche et droit.
- tu le vois, là, il est tout blanc.
Oui, bien sûr que je le voyais.
- eh bien, tu prends la pince à épiler comme ça, tu le serres entre les deux tiges et tu tires d’un coup sec.
J’obtempérais, malgré le léger dégoût qui m’habitait. J’étais tout compte fait une petite fille bien obéissante. Mais je n’y arrivais pas. Cela glissait et le poil restait en place…
- m’enfin, disait Georgette, ma grand-mère, ce n’est pourtant pas sorcier. Recommence, veux-tu.
Tous les mois, ce poil repoussait, et tous les mois ma grand-mère guidait mes doigts malhabiles jusqu’à ce qu’enfin ce poil rebelle poussé sur son menton soit arraché.

Une vie c’est court finalement. J’ai 60 ans. Une petite fille aussi. Et ce fameux poil est réapparu hier sur mon propre menton.
J’ai pris mon miroir grossissant, ma pince à épiler et d’un coup sec j’ai tenté l’arrachage. Loupé. Une fois. Deux fois. Trois fois. Ma vue me fait défaut, je ne le vois pas bien. J’ai renoncé.
Dans la journée, régulièrement je passe et repasse le doigt dessus. Il pousse. Le voilà de plus en plus long. Il est blanc. Il m’agace.
Je vais attendre de voir ma petite fille pour lui faire un sort.