samedi 23 mai 2009

Une bonne copine



Joëlle Scécommoi a tout vu, tout rencontré, tout vécu, … mieux que vous et avant vous. Enjouée, humaine, compréhensive, compatissante, elle est prête à bondir dès que vous prenez la parole. Car… elle a eu la grippe, quand vous n’aviez qu’un simple rhume. Elle a été à Agadir l’année où vous commenciez à y penser… Elle a aussi serré la main à Mitterrand lorsque vous peiniez à l’apercevoir dans la foule. Elle a lu et détesté Houellebecq avant que la critique ne le découvre et que vous en ayez entendu parler ! Bien sûr qu’elle a une tendinite, du moyen fessier même, et que sa tension n’est pas ce qu’il faudrait… Qui d’ailleurs pourrait s’en prévaloir. Vous ne placerez pas encore aujourd’hui votre insignifiante cruralgie. Quant à ses insomnies, elle ne vous en parle pas… Enfin, si, justement, elle allait aborder le sujet au moment où vous tentiez de confier combien hier soir vous eûtes du mal à vous endormir !
Joëlle a une multiple famille aux ramifications incroyables. De plus, elle a des voisins qu’elle connaît bien et des amis sans nombre qu’elle fréquente régulièrement. De fait, lorsque votre fils ne rentre pas deux soirs de suite, elle a un neveu, une cousine ou la fille d’une amie qui a fugué il y a deux mois… Quand vous hésitez sur l’achat d’un portable, le petit-fils de son beau-frère a déjà fait le bon choix… Elle vous en rend compte aussitôt. Son frère est au chômage ou va l’être ou l’a été ; sa mère est en maison de retraite comme la vôtre et sa belle-mère a une aide à domicile comme votre tante ; son frère (le petit, car elle en a deux) a divorcé et cela s’est bien passé, contrairement à sa sœur pour qui ce fut une galère pas croyable… En conséquence, comment raconter votre séparation à l’amiable si peu passionnante ?
Néanmoins, dans votre petit groupe, Joëlle Scécommoi vous manifeste une attention pleine d’égards lorsque vous débutez une phrase. Elle paraît toute ouïe. Elle attend l’attaque de votre récit. Mais à la première respiration, à la première pause que vous vous accordez, elle s’insinue promptement : « C’est comme moi », dit-elle avec un air entendu tandis que l’auditoire se tourne vers elle et vous relègue à l’arrière-scène.