vendredi 13 février 2009

Albert Leliseur



Monsieur Albert Leliseur ne peut être qu’un intellectuel puisqu’il s’adonne d’abord et avant tout à la lecture systématique du Monde. Pas un instant ne peut être perdu pour cette immense tâche. Mais cela ne s’arrête pas là : à la moindre pause dans son existence, Albert Leliseur … s’empare d’une revue (peu importe laquelle), d’un roman, d’un ouvrage savant ou même d’une bande dessinée !
Dès le saut du lit, en mettant ses chaussettes, le voilà qui a saisi le supplément du Monde. Et il continuera en prenant son thé du matin ou en faisant ses besoins quotidiens.
Quelle que soit sa destination, lorsqu’il sort, Albert Leliseur emporte quelque chose à lire. Car dans le métro, même pour trois stations, il pourra tout de même, survoler la une, passer en revue les titres et pourquoi pas absorber un ou deux paragraphes, voire digérer un édito ou un billet d’humeur.
Au théâtre, avant que le rideau ne se lève ou au cinéma, avant que la lumière ne s’éteigne, Albert Leliseur a le nez dans les textes. Tenez avant dîner, il a bien le temps de parcourir le sommaire de cette brochure… Et si à table il se retient, c’est que madame est là. Heureusement les infos à la télévision ou à France Culture meubleront ces instants.
Avant de dormir, inutile de le préciser, il a trois bouquins au moins à sa disposition et une pile de magazines à son chevet. Lorsque le sommeil le prendra, il éparpillera toute cette littérature à terre.
Si la lecture intégrale des articles de presse est pour lui incontournable, celle des autres ouvrages s’apparente à un picoré de poulet de basse cour : voyons ces quelques pages, le mot de la fin, l’avant-dernier chapitre, l’introduction et puis, au petit bonheur la chance, ici ou là…
Manie, frénésie de la connaissance, crainte du vide ? Albert Leliseur ne prendra pas le temps de s’interroger, car à peine a-t-il évoqué la question qu’il est à nouveau en train de zoomer ou zapper sur le site d’un journal en ligne…

lundi 9 février 2009

Gourmandises

Ma grand-mère Georgette était une gourmande. Nous allions souvent jusqu’à la rue Ordener en face du square Clignancourt les jeudis de printemps pour qu’elle puisse à la Banquise, glacier réputé, déguster un café liégeois. Alexandre, mon grand-père, sirotait une boisson (une citronnade ?) et refusait de prendre une glace en s’écriant « Mais manges-en donc toi, puisque tu les aimes tant ! ». Grâce au ciel, j’héritais d’un sorbet à la fraise : je restais pantoise devant le glacier lorsque de sa spatule, il redressait dans la coupe en inox mon sorbet le faisant ressembler à un voilier rose sur une mer rose…



Dans la boulangerie du 54 rue Doudeauville, chez les descendants des Maigné, tous les dimanches, ma grand-mère envoyait mon grand-père acheter des « Paris-Brest », son dessert préféré à elle ! J’ai encore, comme Marcel sa madeleine, le goût délicieux de la crème praliné mousseuse entre deux pâtes à choux, saupoudrées de pralin et de sucre glace qui laissait des traces sur les lèvres et jusqu’au « museau », disait mon grand-père…

En revanche, le jeudi, ma grand-mère avait décidé une fois pour toutes que je raffolais des chaussons aux pommes… Et à goûter, puisque je n’avais pas osé la décevoir, je mangeais jusqu’à l’écœurement cette viennoiserie souvent encore tiède, bourrée de compote trop sucrée qui me dégoulinait sur les mains et me poissait les doigts... Combien de fois, ai-je eu une envie pressante à l’heure du goûter et n’ai-je jeté par bribes cette pâtisserie ? Aujourd’hui encore, je garde un sentiment coupable pour ces morceaux sur lesquels je tirais subrepticement et rapidement la chasse d’eau…