samedi 3 mai 2008

Annecy : bords de lac


Je n'ai délaissé ce blog que pour des raisons de vacances... Vous voyez où ?
Malheureusement, je n'ai pas été assez rapide pour vous concocter déjà un texte, même s'il en existe un en chantier...
Alors, je vous sors deux vieilleries de mes archives, deux textes courts écrits durant des vacances à Annecy.

Début juillet. Il faisait chaud. Le soleil tapait. Sur une pelouse clairsemée et jaunâtre, les gens dévoilaient leur pâle carnation sans retenue, ni précaution. L'eau du lac bleu-vert s'étalait, tranquille. Superbe.
Sur un banc, bien à l’ombre, une dame âgée, vêtue de noir, à l’air dépressif et ennuyé, interpellait sans cesse une jeune femme. Celle-ci était assise auprès d’un homme indifférent qui lisait l’Equipe. Elle tenait sur ses genoux un bambin d’environ 20 mois. Le petit geignait.
- Installe-le donc à l’ombre, non ? s'écria la femme en noir.
Mets lui au moins sa casquette.
Tu ne la trouves pas ?
Au fond du sac. Elle était au fond. Je l’ai vue. C'est moi qui l'ai mise, tu l'avais oubliée.
Et sa crème, tu lui as mise ?
Allonge-le alors. Il a sans doute sommeil.
Non ? Il n’a pas sommeil ?
L’enfant se mit à piailler un peu plus fort.
- Ah ! Michaël ! Michaël ! soupira la vieille, quel enfant, mon Dieu, quel enfant !
Elle secoua plusieurs fois la tête, tristement, puis reprit :
- Il a peut-être faim. Tu lui as donné son petit suisse ? Celui à la fraise ? Il aime ça.
D’habitude, il aime.
Elle se tourna vers sa voisine, une large vieille, débordant du tronc sur lequel elle s'appuyait et qui tentait de se faire un peu à l'aide d'un carton, et lui confia :
- C’est un enfant difficile. Et depuis la naissance...
Elle ajouta aussitôt fièrement :
- Je suis sa grand-mère.

* * * * *

A quelques mètres de là, une baraque en bois du Secours populaire/Aides, une fillette joue avec un préservatif, tentant désespérément d’en faire un ballon !
- Jette-moi ça, effrontée, s’exclama une femme. Qui t’a donné ça ?
- Mais c’est un ballon que j’ai trouvé, dit l’enfant, serrant contre elle cette minuscule baudruche.
- Jette ça te dis-je, c’est dégoûtant, vociféra de nouveau la femme.
La gamine en pleurnichant lança au loin le morceau de latex et s’assit, boudeuse, au pied d’un arbre.