vendredi 14 mars 2008

Portes ouvertes à la Goutte-d’Or : l'homme d'art

Lors des portes ouvertes d'artistes, que ce soit à la Goutte-d'Or, à Belleville ou ailleurs, l'occasion est donnée de rencontrer les artistes eux-mêmes, disponibles ces jours-là à expliciter leurs oeuvres... Voilà l'origine de ce court texte.

Assis en tailleur dans le hall de l'immeuble, galerie d'un soir, il s'expliquait :
— C'était une tôle. J'avais découpé des formes pour un tabouret ou une table. Peu importe, c'est pas l'histoire. Et j'ai replié cette tôle rouillée pour la porter aux poubelles. Et là, j'ai eu l'éclair, le choc, j'ai dit : n'y touche plus, Paul, n'y touche
plus. J'y ai plus touché. J'ai juste coulé le socle et l'ai soudée dessus. Eh voilà l'œuvre... Phénoménal, non ?
Il reprit :
— Là, cet arbre, enfin ce bout de tronc.

Il désignait un rondin partiellement fendu obliquement qui laissait apparaître le cœur du bois proprement dit.
— Le hasard... Tout est hasard dans l'art... Tiens, ça, un copain me l'a fait traîner, m'a obligé de le rapporter. Et puis un jour, pourquoi donc, j'en coupe un bout. Et c'est encore le choc, l'extase. J'y touche plus que je dis. C'était trop beau, trop, cette tranche d'arbre !
Il dégoisa encore un moment sur les hasards, les rencontres, les croisements autour d'une racine, d'une branche morte, d'un tronc éclaté, d'un tiroir vide ou d'une tige de plexiglas...


Artiste en possession des faveurs d'un public de passage, il s'exhibait, émerveillé de ses productions.
Il discourait ce naïf grisonnant pour qui l'art était partout, prêt et brut, attendant le regard, celui du clair voyant qui saurait le déceler et en l'exposant dessiller des regards jusqu'alors aveugles. Il était médium visionnaire, nous étions privés du sens de la vue.

4 commentaires:

labrador1 a dit…

Bonsoir Ombellule,

Je n'ai jamais compris ni aimé l'art abstrait et pourtant ce n'est pas faute d'avoir essayé.
A l'école, un prof de dessin nous avait demandé de laisser libre cours à notre imagination et de peindre quelque chose d'abstrait.
Ca m'ennuyait prodigieusement et j'ai fait n'importe quoi. Quant il a regardé le résultat il m'a félicité et encouragé à poursuivre, j'ai pensé qu'il se moquait de moi, mais il était sérieux.
Plus tard je me suis que c'était trop bête de passer à côté d'une forme d'art contre lequel j'avais des aprioris, aussi, j'ai visité des expositions et des musés,j'ai entres autres vu Beaubourg et le musé Picasso à Paris, rien n'y a fait, je continue à trouver ça prodigieusement ennuyeux.
Je ne suis attiré que par le figuratif.
Certains m'ont dit que pour apprécier l'abstrait il fallait faire un travail de recherche, mais j'estime que c'est à l'artiste de séduire son public et provoquer l'émotion.
J'adore l'hyper réalisme et les idées originales, mais firguratives.
A Florence je me promenais sur une place et j'ai vu une personne qui dessinait l'intérieur d'une chambre.
Intrigué, je lui ai demandé pourquoi il levait systématiquement le tête en dessinant; il m'a montré une fenêtre à l'étage d'un immeuble et m'a dit : j'essaie d'imaginer l'intérieur de cette chambre.
Voilà, certains diront peut-être que je suis un béotien, mais on est toujours le béotien de quelqu'un.
Ceci est exprimé sans aucune animosité et j'espère que je n'ai choqué personne.
Cordialement.

labrador

ombellule a dit…

De fait, c'est un peu l'idée de ce texte : certaines oeuvres échappent à notre compréhension et à notre émotion. Je revois ma fille adolescente sortir de l'exposition de Mark Rothko, les larmes aux yeux, alors que je restais distante, même si j'avais apprécié les couleurs de l'artiste
J'aime bcp en tout cas votre rencontre à Florence : c'est une petite nouvelle à elle toute seule !

Pauline a dit…

Coucou !
Ta photo de branches me fait penser aux sculptures-branches de maman ! Les as-tu vues ?

ombellule a dit…

Oui, je les ai vues... Elles sont tout à fait dignes d'une artiste contemporaine !! Je l'appelerai désormais "vieille branche" !!