vendredi 28 novembre 2008

Vieilles dames du temps passé

Vieilles dames du temps passé
Serviettes à thé gâteaux fourrés
Où vous en êtes-vous allées ?

Vieilles dames du temps enfui
Lavande au fond du lit
Sur un mur le crucifix
Où donc êtes-vous parties ?

Vieilles dames toutes en noir
Draps blancs au fond d'une armoire
Tisane du soir et teint d'ivoire
Etait-ce là toute votre histoire

Les plats mijotés du dimanche
La confiture de mûres
Vos dentelles fanées et vos mille chimères
Un frère mort à la guerre

Vieilles dames du temps écoulé
Nappes brodées et clairs tabliers
Avec vos refrains démodés
et vos amants du carnet de bal tirés

Sur ces cartes photos cornées
Vous souriez vous êtes figées
Et au fond du grenier
La malle s'est refermée
Emprisonnant l'odeur d'un temps passé.

jeudi 16 octobre 2008

La confiture de cynorrhodons, conte d'automne

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La vieille femme s’était levée tôt et les attendait depuis. Cependant, quand les trois voitures émergèrent du brouillard et qu'ils envahirent son univers dans un fracas de portières claquées, de rires d'enfants, de retrouvailles bruyantes, de cris stridents, elle se demanda si elle avait vraiment souhaité leur venue.
Dès le début de l’après-midi, les hommes demandèrent : « Quel est le programme ? ».
— Je pensais que nous pourrions faire de la confiture de cynorrhodons, dit-elle d'une voix douce. Novembre est l'époque rêvée... juste quand les premières gelées sont venues.
— Qu'est-ce que c'est que cette bestiole ? s'esclaffèrent-ils.
— C'est un mets de sorcière ? demanda Gil, en tirant la vieille femme par son gilet.
Les femmes de leur côté se réjouirent : on était venu pour prendre l’air. Cela ferait du bien aux gosses.
Ils n’eurent pas à choisir de direction. La femme les entraîna d’office le long des chemins montants qui bordaient la forêt derrière la maison et qui conduisaient vers la colline aux sangliers. Depuis peu la forêt avait progressivement pris ses teintes d'automne, révélant ses longues boucles fauves de femme. Seul ici ou là, un arbre était resté vert. Dans une semaine, les feuilles seraient toutes à terre.
Elle dirigeait sans un mot le groupe. A un moment donné, elle stoppa net et leur désigna les fourrés d'églantiers où leurs mains s'écorchèrent dès qu'ils commencèrent à cueillir ce petit fruit oblongue, vermillon, luisant, justement appelé cynorrhodon. Ils avaient beau tous cueillir, couper, arracher, détacher, encore cueillir et recommencer, la femme leur répétait : « Il n'y en a pas encore suffisamment... » Alors, elle les emmena sur d'autres chemins creux en plein champs où là encore ils reprirent la cueillette. Puis le long de la route qui menait aux ruines du vieux château... puis sur celle qui allait au village... puis sur celle qu'on nommait la voie des lièvres... puis... puis... Bien évidemment, plus personne ne manifestait d'entrain. La promenade n'en était plus une : les enfants se laissaient pousser-tirer en maugréant et pleurnichant, les hommes rêvaient de l'heure de l'apéritif, et les femmes tout en criaillant et s'agaçant sur leur marmaille s'inquiétaient d'un dîner qui ne serait jamais prêt. La vieille femme allait d'un pas tranquille et sûr, cueillant inlassablement les fruits rouges, ne sentant apparemment pas les griffures des épines. Parfois, elle tirait à elle le panier de l’un ou de l’autre, secouait la tête et on repartait.
Alors que plus personne n’y croyait, subitement, après un dernier coup d'oeil aux contenus des paniers d'osier, elle décréta : « Nous en avons assez ». L'atmosphère s'en trouva ragaillardie et ils rentrèrent d'un bon pas vers la demeure morvandelle.
Une soupe de légumes était sur le feu. Viandes et fromages attendaient disposés sur des plats en grès. Quelqu’un avait dû passer durant leur absence. Le repas du soir était achevé depuis un moment, la vaisselle essuyée et pour la veillée, des projets de jeux, de lecture, d'ouvrages de dames, de conversations sérieuses d'hommes s'annonçaient. Mais la femme s'écria : « Au travail ! Pas de temps à perdre, vous partez demain soir et nous n'aurons pas trop de cette soirée pour la première étape... ».
Elle distribua à chacun des adultes un petit couteau pointu et d'un geste leur montra ce qu'elle attendait d'eux : couper l'extrémité marron du fruit, l'ouvrir en deux et d'un grattage deux à trois fois répété extraire les graines et poils contenus dans les deux moitiés du fruit ouvert. « Ces petits cils semblables à ceux des yeux d'un enfant blond sont redoutables, ajouta-t-elle. Je vous conseille de remonter vos manches jusqu'aux coudes, de ne pas vous frotter les yeux, ni d’essuyer vos mains n'importe où. Sinon, démangeaisons, picotements, voire brûlures seront votre lot et pour un bon moment ». Les hommes ricanèrent. Les femmes retroussèrent leurs manches, tandis que les enfants battirent des mains à l'idée du poil à gratter...
Une heure après, chacun se plaignait de crampes dans les pouces, trouvaient ces irritations insupportables, s'interrogeaient régulièrement sur la nécessité de continuer en déclarant que peut-être on en avait trop ramassé. La vieille femme, sourde aux discours, continuait : elle coupait, ouvrait, évidait, grattait, indifférente au brouhaha contestataire qui l'entourait. Sa ténacité qu'aucun quolibet n'atteignait, les empêchait de tout plaquer là.
Elle gardait les yeux baissés sur sa tâche et Gil qui s'en était subrepticement approché lui demanda à voix basse : « Dis, à quoi tu penses quand tu fais ça ? ».
Le lendemain matin, ils furent réveillés par le bruit d'une eau courante et le tintement de casseroles. Lorsqu'ils descendirent dans la cuisine, les uns derrière les autres, elle était déjà là : l'eau du robinet coulait sur une partie des fruits en passoire sur l'évier tandis que d'autres trempaient dans des saladiers de faïence. A l'aide d'une curieuse écumoire, elle enlevait les derniers poils flottant à la surface de l'eau. Ils prirent leur petit déjeuner dans un coin de la cuisine, de peur de la déranger et prêts aussi à s'éclipser dès la dernière goutte avalée.
— votre café fini, dit-elle, j'aurai besoin de bras pour tourner les moulins.
— quels moulins ? demandèrent-ils.
Leur question n’obtint aucune réponse. Ils aperçurent alors sur la cuisinière de fonte des marmites dans lesquelles mijotaient d'autres fruits encore, qui dégageaient quand on s'en approchait une odeur étrange de tomates trop mûres, une odeur douceâtre et sucrée, légèrement écœurante.
— Vous mettrez d'abord une grosse grille dans ce moulin à légumes et vous passerez les fruits ; puis vous changerez et mettrez la grille moyenne ; enfin, vous recommencerez encore une fois avec la petite grille fine que voilà.
— On dirait l'histoire des trois ours, remarqua Gil.
La matinée s'écoula ainsi à passer et repasser les fruits dès qu'ils avaient ramolli dans leur première cuisson.
Le déjeuner terminé, on s'apprêtait à un après-midi paresseux. C'était sans compter avec la vieille.
— Nous arrivons au bout de nos peines, leur dit-elle.
« Allez me chercher au grenier les bassines de cuivre suspendues et apportez-les donc », précisa- t-elle en se tournant vers les hommes. « Pesez bien le sucre et les fruits », intima-t-elle aux femmes. Elle les fit ensuite mêler délicatement sucre et purée de fruits. La marmelade rougeâtre, un peu répugnante, qui exhalait toujours une odeur suave de bouillie, s'épaississait peu à peu dans les bassines. « Qui veut tourner ? », demanda-t-elle, tendant à ceux qui l'entouraient de longues spatules de bois ; ça attache facilement, il faudra tourner tout le temps de la cuisson. Attention aussi, ça gicle et ça brûle ! »
Ils étaient plantés là chacun devant son récipient, touillant, agitant ce magma informe qui évoquait de la lave de volcan en éruption.
Grand maître des cérémonies, elle vérifiait que l'on remuait convenablement, que l'on pensait à écumer. Les femmes avaient nettoyé, lavé, ébouillanté des pots de verre, récupération de bocaux à moutarde, cornichons ou légumes, et les enfants, eux, s'appliquaient à recopier sur des étiquettes ce mot semé d'embûches « CYNORRHODON ». Gil, appliqué, se mordillant la langue, y ajoutait dans le coin supérieur gauche de l’étiquette un dessin symbolisant l'églantier.
A la minute précise qu'elle seule pouvait probablement déterminer, elle décréta : « c'est bon, la cuisson est achevée ».
Ils ne purent s'empêcher d'exprimer leur soulagement par des étirements, bâillements appuyés, mimiques, boutades, … Les rires étaient nerveux. Et l'instant d'après, ils ne purent pas non plus s'empêcher d'admirer la femme qui, d'une louchette assurée, remplissait à un centimètre du bord tous ces pots alignés sans que rien ne débordât ou dégoulinât.
Le soir venu, la longue table de bois de la cuisine était devenue encombrée de pots. La confiture refroidissait. Cela les obligea pour leur dernier repas en commun à dîner rapidement, tassés les uns sur les autres, au fin fond de la pièce. Ils ne tardèrent pas à faire leurs adieux, mais avant durent charger les pots dans les voitures.
— Bonne route et soyez prudents, leur murmura-t-elle, avec une sorte de tendresse retenue. — Vous nous donnez tous ces pots ? Vous en êtes sûrs ? Vous n'en gardez même pas un ? s'écrièrent-ils.
Elle secoua la tête, imperturbable. Un petit sourire narquois cependant passa fugitivement sur ses lèvres quand, insistant, Gil lui demanda :
— Vous n'avez donc personne d’autre à qui en offrir ?

mercredi 8 octobre 2008

“Mon père, ce héros au sourire si doux”, etc.




Henri-Jean s’était installé au milieu d’elles deux.
C’était un homme à femmes. De la plus belle espèce, selon sa fille. Ses frasques duraient depuis trente ans. L’âge n’avait aucune prise. Juliette trouvait ça plutôt drôle. Pauline, moins. A l’entrée de la salle, elle lui avait glissé : “méfie-toi, mon père est redoutable dans l’obscurité !” Juliette avait ricané et lâché un “penses-tu” mi figue mi raisin.
Pour l’heure, il avait soigneusement plié son blouson de cuir sur ses genoux et après un bref sourire, s’était confortablement installé au fond de son siège. Rien à redire.
D’ailleurs, depuis que la lumière s’était éteinte, il était impassible. Sagement enfoncé dans son fauteuil. Quant à elle, elle était soigneusement immobile. Sur ses gardes.
Sans doute, sur l’accoudoir avait-il posé son bras proche du sien, si proche qu’il effleurait son propre bras. Elle en sentait la chaleur se dégager. Elle retint son souffle, mais volontairement ne bougea pas, de peur qu’il ne se méprenne sur ce mouvement. Cette présence était peut-être simplement aléatoire. Elle appela ses souvenirs à la rescousse. Quand elle allait au cinéma avec Jean-François ou Rodolphe, où mettaient-ils donc leur bras ? Elle n’y avait jamais prêté attention.
Elle jeta un regard furtif à l’homme, sans déplacer son bras. Il semblait suivre le film. Normalement. Elle se demanda quand même s’il l’avait fait exprès ou non. Délibérément, elle décida de bouger son bras de quelques millimètres, puis de le replacer dans sa position initiale. Elle voulait savoir. C’était si discret ce frôlement de leurs deux bras que ce pourrait être immédiatement l’occasion d’un “pardon, excuse-moi”. Il ne broncha pas.
C’était agréable cette proximité tout compte fait. Un peu troublant.
Elle eut l’intuition qu’il ressentait la même chose qu’elle, voire qu’il se rendait compte que ce voisinage ne lui déplaisait pas. En même temps, elle s’interdit de fabuler de cette façon. C’était ridicule. Ce n’était qu’un bras contre le sien. Cependant, ni lui, ni elle n’esquivait l’attouchement. Ce contact en devenait presque crispé, électrique. Pas si naturel qu’elle ne l’aurait cru au premier abord. Ou bien fantasmait-elle ? Le visage de Henri-Jean était détendu et serein. Mais subitement, elle prit peu à peu conscience qu’il lui transmettait des messages ; elle ressentait comme une tension du muscle de ce bras contre le sien. C’était imperceptible. Elle ferma les yeux pour se concentrer sur cette sensation qu’elle hésitait à interpréter. Elle eut confirmation de ce qu’elle avait deviné : ce bras contre le sien palpitait. Elle vacilla intérieurement. Il gardait ses yeux fixés sur l’écran mais presque aussitôt, lentement, il remua son bras comme pour le désengourdir. Une angoisse la traversa qui accompagnait le vide laissé à son côté. Croyait-il qu’elle avait mis son bras là exprès ? Le retirait-il définitivement ? Ses joues la brûlaient. Mais, en fait elle se racontait une histoire car elle savait la retombée imminente de ce bras contre le sien. C’est ce qui se produisit. Ce geste anodin lui confirma une progression inéluctable vers une rencontre.
Elle imagina cette main qui pendait là dans le vide glisser vers la sienne. Elle supputa la distance qui séparait leurs deux mains : dix centimètres peut-être.
Elle essaya de relâcher sa vigilance mais ne put se dérober à l’idée fixe qu’il allait oser. Sûrement. Sans doute ses tressaillements l’encourageaient-il. Avait-il néanmoins une autre pensée que celle de l’approcher ? Il était encore temps pour elle de se dérober et de sauver les apparences, de retirer brusquement son bras et de le mettre à l’abri. Elle tardait à se décider. Il restait impénatrable. Sa respiration semblait régulière. Elle soupira. Comme en écho, il remua sensiblement sa main et elle compta maintenant moins de dix centimètres. Leurs bras se frôlèrent. Elle avait le cœur en chamade. Il éprouvait probablement son émoi tandis qu’elle entendait ses hésitations. Mais, à son avis, il ne désarmais pas. Il guettait un moment propice. Il suffirait de peu de choses désormais pour qu’il franchisse l’espace rétréci.
Lorsque sa main s’abattit soudain sur la sienne, ce fut comme un soulagement partagé. Il la regarda à l’instant avec un sourire doux, avant de tourner de nouveau la tête vers l’écran, comme si rien ne s’était passé.
Alors le manège de la main commença. Les doigts de l’homme esquissaient une ronde, redessinaient un à un chacun de ses doigts, puis s’arrondissaient dans sa paume. Ils s’attardaient sur les coussinets des extrémités de son pouce ou de son index et renouvelaient leurs pressions autour de sa main. La main s’écartait alentour et venait resserrer son étreinte. Avec légèreté, elle redoublait de douceur au creux du poignet, là où la peau est tendre. Il lui communiquait lentement le désir d’une plus grande intimité. Ce va-et-vient était incessant et insistant. La main entière de l’homme venait se joindre à la sienne brièvement, puis reprenait ses affleurements comme une onde fugitive pour étreindre et frôler à nouveau.
Du revers de ses doigts, il caressa un instant le dessus de sa cuisse puis il en abandonna l’idée pour reprendre, sans hâte et tendrement, sa balade.
Le moindre remuement était attentif. Le déplacement était soutenu et délicat.
Au bout d’un moment, elle s’adapta aux circonvolutions de l’homme et se mit à son tour à lui caresser la main jusqu’à ce que leurs gestes soient à l’unisson, sans tremblement aucun. Parfois, leurs doigts se croisaient et prenaient du repos. Elle percevait alors le frémissement de son compagnon et elle inclinait un tantinet la tête vers son épaule, comme pour lui confirmer leur trouble.
Lorsque la lumière les surprit, ils se regardèrent comme étonnés. Elle se rappela que Pauline avait été à la droite de son père durant toute la séance. Celle-ci avait le regard dur, presque inamical d’une enfant injustement prise à témoin. Juliette sut immédiatement qu’il fallait en rester là et que cette aventure n’aurait été que du cinéma.

samedi 3 mai 2008

Annecy : bords de lac


Je n'ai délaissé ce blog que pour des raisons de vacances... Vous voyez où ?
Malheureusement, je n'ai pas été assez rapide pour vous concocter déjà un texte, même s'il en existe un en chantier...
Alors, je vous sors deux vieilleries de mes archives, deux textes courts écrits durant des vacances à Annecy.

Début juillet. Il faisait chaud. Le soleil tapait. Sur une pelouse clairsemée et jaunâtre, les gens dévoilaient leur pâle carnation sans retenue, ni précaution. L'eau du lac bleu-vert s'étalait, tranquille. Superbe.
Sur un banc, bien à l’ombre, une dame âgée, vêtue de noir, à l’air dépressif et ennuyé, interpellait sans cesse une jeune femme. Celle-ci était assise auprès d’un homme indifférent qui lisait l’Equipe. Elle tenait sur ses genoux un bambin d’environ 20 mois. Le petit geignait.
- Installe-le donc à l’ombre, non ? s'écria la femme en noir.
Mets lui au moins sa casquette.
Tu ne la trouves pas ?
Au fond du sac. Elle était au fond. Je l’ai vue. C'est moi qui l'ai mise, tu l'avais oubliée.
Et sa crème, tu lui as mise ?
Allonge-le alors. Il a sans doute sommeil.
Non ? Il n’a pas sommeil ?
L’enfant se mit à piailler un peu plus fort.
- Ah ! Michaël ! Michaël ! soupira la vieille, quel enfant, mon Dieu, quel enfant !
Elle secoua plusieurs fois la tête, tristement, puis reprit :
- Il a peut-être faim. Tu lui as donné son petit suisse ? Celui à la fraise ? Il aime ça.
D’habitude, il aime.
Elle se tourna vers sa voisine, une large vieille, débordant du tronc sur lequel elle s'appuyait et qui tentait de se faire un peu à l'aide d'un carton, et lui confia :
- C’est un enfant difficile. Et depuis la naissance...
Elle ajouta aussitôt fièrement :
- Je suis sa grand-mère.

* * * * *

A quelques mètres de là, une baraque en bois du Secours populaire/Aides, une fillette joue avec un préservatif, tentant désespérément d’en faire un ballon !
- Jette-moi ça, effrontée, s’exclama une femme. Qui t’a donné ça ?
- Mais c’est un ballon que j’ai trouvé, dit l’enfant, serrant contre elle cette minuscule baudruche.
- Jette ça te dis-je, c’est dégoûtant, vociféra de nouveau la femme.
La gamine en pleurnichant lança au loin le morceau de latex et s’assit, boudeuse, au pied d’un arbre.


dimanche 6 avril 2008

Nocturne

Ecrite à peu près à la même époque que la nouvelle précédente, cette nouvelle s'essaie au style dit "Nouveau Roman".
C'est l'errance d'un homme et d'une femme, dans une ville, la nuit. On ne saura jamais pourquoi ils en parcourent les rues ni pourquoi ils sont ensemble. Le sont-ils d'ailleurs ?


C'était simplement un long bassin ovale rempli d'eau. De chaque côté, un animal de pierre crachait par la gueule un mince jet. Dans la nuit, cela faisait un bruit uniforme et monocorde se répétant sans cesse. Parfois, si on écoutait attentivement, on pouvait croire que ce bruit décroissait puis reprenait d'intensité, mais c'était la force de l'attention qui donnait cette impression. En réalité, le clapotis était égal à lui-même, sans interruption ou répit, monotone.
L'homme et la femme étaient debout à une proche distance l'un de l'autre, regardant le bassin. L'homme venait de faire remarquer à la femme les deux animaux qui se faisaient face — une tortue et une grenouille.

Rien de moins que banal dans cette scène : un homme et une femme debout devant un bassin en pleine nuit dans une ville à la fois de moyenne et sans importance.
L'homme était probablement en compagnie de cette femme puisqu'il venait de lui adresser la parole et qu'elle lui avait répondu quelque chose. L'avait-il tutoyée ou non ? Ce n'était pas un couple, et pourtant à cette heure-ci dans cette ville déserte, ils semblaient bien ensemble dans un cheminement nocturne qui échappait au sens.
La ville était éclairée, bien éclairée même. Les bâtiments assez insignifiants, voire plutôt laids pour la plupart, de cinq étages au plus, malgré l'heure tardive, exhibaient leurs longues fenêtres étroites allumées.
Ce n'était pas, du moins à cet endroit-là, une belle ville. Ils n'étaient sûrement pas au centre ville, mais ils n'étaient pas non plus là où les villes prennent des airs de banlieue. On apercevait de loin en loin des ronds-points qui s'étoilaient en avenues régulières, semblables. Il y avait bien aussi quelques arbres, mais ils semblaient plantés là dans un désordre inutile et sans charme. C'était une ville dépourvue de poésie.
L'homme lui-même était quelconque, petit, un peu trop mince. Quant à la femme, les épaules légèrement rentrées, elle avait le teint terne et les yeux cernés.
On ne leur donnait pas d'âge. La quarantaine peut-être.
Leur tenue ne révélait pas grand chose : banale, inconsistante, sans dénoter quoi que ce soit — certainement pas en tous les cas une misère, même cachée ou un malheur même retenu. Rien de recherché, rien de négligé.
Ils étaient maintenant assis sur le rebord du bassin. L'homme regardait au loin, dans le vague plutôt, les yeux légèrement plissés, une cigarette aux lèvres, les deux mains posées bien à plat sur le bord. La femme était assise, le torse légèrement basculé en arrière, comme si elle avait voulu se laisser aller.
Au loin, au coin d'une des rues qui aboutissait à cette place, s'avançaient en gesticulant trois individus : ils s'arrêtaient, repartaient, piétinaient, progressaient de nouveau. On n'entendait pas d'ici ce qu'ils disaient, mais à mesure qu'ils s'approchaient, on se rendait bien compte que leurs échanges étaient contradictoires et agités.
Le trio — deux hommes et une femme — était maintenant à quelques mètres de notre couple et poursuivait leurs diatribes. Les deux hommes avaient visiblement bu. Ils étaient mal assurés sur leurs jambes, d'autant que la femme avait passé un bras sous le bras de l'un, et son autre bras autour du cou de l'autre. Cela participait sans doute à les faire chanceler un peu plus. Mais ils retrouvaient étonnamment leur équilibre après chaque trébuchement.
Lorsque leurs propos devinrent audibles, il était clair qu'ils se disputaient à propos d'une plante verte qui dépérissait faute de soins. Ils mêlaient à leurs récriminations le désir de posséder cette femme qui s'évertuait à répéter "Non, pas les deux, ça je ne fais pas". Ils parlaient aussi simultanément du boulot qu'ils avaient eu et qu'ils auraient s'ils le voulaient, de l'argent et de la fatigue de vivre.
Ils continuèrent leur pérégrination sans s'attarder, indifférents au couple près du bassin (les avaient-ils vus d'ailleurs ?) et s'éloignèrent petit à petit, continuant leurs débats jusqu'à devenir trois silhouettes difficilement discernables, puis disparues.
La femme se leva brusquement :
— On marche un peu ? demanda-t-elle.
— Si tu veux, répondit-il.
Elle partit la première ; l'homme la suivit sans hâte.
— Je n'aimais pas ces gens, dit-elle, ils m'effrayaient.
L'homme l'avait écoutée attentivement, puis il avait souri, étonné et bienveillant à la fois.
Ils quittèrent la place et partirent par l'une des rues qui y débouchaient. Ils allèrent par là plutôt que par ici. Rien n'indiquait cependant que cette direction fut choisie délibérément par l'un ou l'autre. C'était, aurait-on dit, par hasard, tacitement.
Par instant, l'homme semblait sautiller en marchant, tel un gamin qui rentre de l'école jusqu'à chez lui : inéluctablement, mais prenant plaisir au chemin qu'il a à parcourir, un gamin qui a le temps de s'en retourner...
A d'autres moments, il paraissait danser et sifflotait. Quelques pas plus loin, il fredonnait.
La femme, muette, suivait ou précédait l'homme selon les cas.
L'homme stoppa soudainement devant une imposante masse métallique arrondie et interrompit d'un geste le cheminement de la femme.
Il s'était arrêté devant un conteneur vert, troué pour permettre le passage des bouteilles de verre vides.
— Ferme les yeux maintenant, lui dit-il, et imagine qu'à l'intérieur de cette grosse boîte à conserves, grouillent le long des parois des bêtes monstrueuses aux mille têtes, mi-serpents, mi-salamandres, aux yeux saillants, gueules béantes. Regarde bien et écoute : on voit leurs dents qui claquent et grincent d'ici. Tu les entends non ?
Il s'interrompit un moment et reprit : "Ouvre vite les yeux maintenant et mets ta main dans ce trou... si tu le peux", ajouta-t-il en riant.
La femme le regarda. On ne savait pas si elle marchait dans le jeu ou non, car elle considérait l'homme de biais, la tête légèrement penchée. Etait-elle amusée, légèrement moqueuse, interrogative, agacée ?
La rue qu'ils suivaient depuis un moment débouchait sur un grand espace le long duquel se dressait un imposant bâtiment de verre et de métal — pavillon Baltard de toc — complètement éclairé, complètement désert aussi.
Ils longèrent sur le trottoir d'en face ce grand bâtiment devant lequel s'étendait un vaste parking encombré.
— La vieille gare désaffectée, dit-elle, c'est rétro, non ?
— C'est surtout laid, affirma-t-il.
— Je ne trouve pas, dit-elle.
— Evidemment, tu n'y connais rien. Je te dis que c'est franchement laid, renchérit-il. En disant cela, il n'était ni agressif, ni suffisant. Il ne le pensait peut-être pas non plus, mais semblait prendre un certain plaisir à lui faire sentir une divergence entre eux qui était de toute façon sans intérêt.

Aimes-tu la nuit ?, lui demanda-t-il abruptement. Il ne la laissa pas répondre et enchaîna "Où les finissais-tu quand tu avais 20 ans ?".
Elle haussa les épaules, mais il n'y prenait pas garde et poursuivait son idée : "Etais-tu de celles qui les finissaient dans un vieux bar enfumé des Halles ou du Quartier Latin, au milieu des discussions qui refaisaient le monde, tandis qu'un trompettiste s'éclatait... ?"
Elle secoua la tête visiblement peu intéressée par les questionnements de l'homme. Les mots avec lesquels elle aurait pu peut-être lui répondre ne lui venaient pas. Et on pouvait se demander si l'homme ne parlait pas de ses propres nuits cherchant auprès de sa compagne une confirmation de son passé.
Les rues par lesquelles ils passaient se ressemblaient toutes : insignifiantes.
Brutalement, comme lassée de cette marche, la femme lâcha :
— On rentre ? Je suis fatiguée et j'ai sommeil. Par où y va-t-on ?
A sa requête, il obliqua subitement par une petite rue sombre. Il savait bien apparemment où ils se trouvaient. Cette rue était toute aussi déserte que celles qu'ils avaient jusqu'à présent empruntées, mais plus plaisantes.
Les porches s'y succédaient, massifs, majestueux même, laissant deviner par leur entrebâillement de vastes cours, parfois arborées, toutes pavées inégalement.
L'homme, à chaque nouvelle porte cochère tournait la tête pour tenter d'en saisir quelque image à engranger. La femme imitait son mouvement comme pour vérifier ce que l'homme pouvait y trouver.
Une musique insidieusement envahit la rue et surprit leur attention.
Cette musique, orientale, provenait d'un établissement sur rue, violemment illuminé. Ils s'approchèrent de la devanture. C'était un restaurant turc ou grec. A l'intérieur sur la gauche, il ne restait qu'un couple attablé, se faisant vis-à-vis, les yeux dans les yeux ; ils semblaient, en tenant leur verre, échanger du regard la nuit à venir.
L'homme et la femme figés derrière la vitre avaient l'air désintéressé, tout en scrutant l'intérieur de la salle :
— Ce doit être turc, dit-elle.
— Ou plutôt grec, la reprit-il.
— Pourquoi pas greco-truc ? dit-elle voulant lui tenir tête.
Ils ne décollaient pas de la devanture. On aurait pu croire qu'ils hésitaient à y entrer pour dîner, qu'ils consultaient là une hypothétique carte. Mais ils avaient déjà dîné. Ils s'attardaient pourtant.
— D'où vient ce bruit de fontaine ?, demanda l'homme.
La femme d'un mouvement de tête lui désigna en contrebas de la vitrine une vasque creusée à même le sol, décorée de mosaïques bigarrées que l'homme n'avait pas vue.
Il hocha la tête et ils repartirent, comme à regret.
L'homme prit sur sa gauche une rue semblable à celle qu'ils venaient de quitter. La femme légèrement en arrière s'était arrêtée sur le trottoir devant un immeuble de quatre étages et elle fixait une fenêtre au troisième étage, faiblement éclairée dont jaillissaient des voix.
Un rideau carmin battait devant cette fenêtre, agité par quelque courant d'air et le bruit des voix se répandait dans la rue : c'était un enfant qui se plaignait à un adulte — un homme sans doute — conversation interminable dont on ne saisissait pas bien le sens.
— C'est la télé, dit l'homme à la femme, comme si elle avait eu besoin une fois de plus d'être rassurée ou simplement informée.
— Je sais, dit-elle.
S'était-elle immobilisée pour cette intimité qui vibrait là-haut, cette apparence de dialogue, peut-être un téléfilm désolant ou bien s'était-elle arrêtée seulement pour que cette marche s'étire encore un peu et que la désillusion proche soit repoussée dans l'espace et le temps ?
Ils repartirent.
Un chantier (abandonné ?) entouré incomplètement d'une barricade terminait la rue où ils marchaient l'un devant l'autre.
De temps en temps, l'homme marchait devant, du pas de quelqu'un qui sait où il va sans pour cela être pressé d'y arriver. La femme à ces moments-là semblait traîner derrière ; elle s'arrêtait, appelait l'homme pour lui faire part de quelque chose. L'homme interrompait volontiers sa marche, se retournait, revenait quelquefois sur ses pas et repartait aussitôt de son pas d'homme qui sait les destinations.
A d'autres moments, c'était la femme qui menait la marche, comme si elle avait enfin décidé ou su à son tour où ils allaient. L'homme à ce moment suivait à quelques pas derrière d'un pas jumeau, s'accommodant de bon gré du choix de la femme.

Ils remontèrent enfin la rue qui les ramenait au point prévu de leur errance. C'était une rue si maussade qu'on pouvait penser longer l'arrière d'immeubles, plutôt que des façades, une rue désagréable avec ses rares enseignes éteintes, hostile même. Ils en franchirent les derniers mètres de la même façon et se séparèrent, dérisoires, sans un mot de trop.
Dans le petit hall, l'horloge au cadran éclairé marquait l'heure indue de cette nuit-là. Et dans cet endroit défait, les minutes bernées seraient sans doute lentes à passer de la nuit au jour.

mardi 25 mars 2008

Enfance

Nous oublions souvent comment nous percevions le monde des adultes lorsque nous étions enfants. Nous croyons qu'il n'est pas lisible. Et pourtant, comme Aurélien, beaucoup d'entre eux ressentent ce qui se déroule sous leurs yeux et que nous croyons leur cacher.



Derrière la haie de lauriers, l'enfant assis en tailleur considérait d'un œil oblique sa mère allongée sur une chaise longue. Il faisait inlassablement passer un petit caillou d'une main dans l'autre.
Trente-cinq ans environ, la mère, dans sa chaise longue, avait les yeux mi-clos, mais elle ne sommeillait pas, consciente de la présence de l'enfant et de temps à autre, elle lançait :
- Va donc jouer, Aurélien. Rejoins ton frère qui s'amuse avec les petits Douchet.
Mais Aurélien secouait la tête et restait assis, tranquille, à quelques mètres d'elle à l'ombre du tilleul poursuivant le va-et-vient de son caillou d'une main à l'autre. Le silence se réinstallait juste troublé par les bourdonnements rituels des guêpes rôdant autour de la table du jardin, dans la chaleur des après-midi de juillet. Un léger vent soulevait les pages du livre d’Anaïs Nin que la femme avait posé sur ses genoux.
Au loin, on entendait un groupe d'enfants crier et rire. Aurélien y reconnaissait la voix de son frère Justin. Il regarda sa mère. Il la trouvait belle
Elle avait, lui semblait-il, depuis quelques temps, jours, semaines, une nonchalance inhabituelle. Elle prenait de plus en plus le temps de s'asseoir. Elle était bien là et cependant, l'enfant ressentait un vide quand elle le regardait, lui ou son frère, et même son père. A cause de ce regard absenté, il se sentait prêt à lutter contre quelque monstre ou dragon sorti d'un conte, ces contes qu'elle leur racontait quand ils étaient plus petits, Justin et lui.
Souvent aussi, elle détournait les yeux et les expédiait brusquement loin d'elle, quand ce n'était pas elle-même qui s'éloignait avec cette célérité féminine qui fascinait le petit garçon.
Il y a peu de temps encore, elle s’enfuyait fréquemment dans sa petite voiture bleue stationnée près du portail et disparaissait en un tour de roues... Vers quelle destination ? Vers quels paysages ? Vers quels lieux ? Vers quels visages ?
Aurélien inventait ses errances. Elle traversait des champs, des forêts, des bourgs, des champs et des forêts de nouveau. Elle contournait un lac, passait une rivière peut-être, pénétrait un village fortifié... Aurélien l’imaginait débarquant dans un domaine étrange peuplé d'êtres fabuleux. En chemin, elle y rencontrait un extraterrestre incarnant les forces du mal ou plutôt un prince séduisant caressant une licorne. Et que faisait donc son père pendant ce temps-là ? Où était-il donc alors qu'on l'attendait au combat ? A ses rosiers, comme d'habitude, ou au potager, tandis que sa mère était sous un charme maléfique ou qu'elle se consumait aux portes du terrible château des mystères. Il la voyait tambouriner à la grande porte d'entrée cloutée, prisonnière (involontaire ?) des hautes murailles.
Il la voyait aller, venir, partir, revenir, dans un continuel renoncement. Il la voyait repousser un repas que lui servait un gnome, sur une longue table sculptée au milieu de la salle la plus ornée du palais, une salle immense aux bibliothèques et rayonnages saturés de livres anciens et manuscrits rares. Il distinguait des torchères au mur, pourquoi pas une vieille armure dans un coin, des têtes d'animaux sauvages ici ou là cloués, une maquette de voilier poussiéreux et un pirate empaillé. Aurélien salivait tout autant à la vue sur la table des feuilletés aux fraises débordant de crème fouettée qu'à celle des milliers de volumes qu'il apercevait et de ces attributs d'aventures traversées en rêve.
Un homme - le prince - était assis au fond de cette pièce. Il était sombre, ne disant traître mot.
Puis il se mettait à parler et sa mère de répondre. Aurélien entendait leur dialogue.

- Vous vous posez des questions légitimes, Belle Hélène.
Sa mère s’appelait Elisabeth, mais Aurélien la rebaptisait de ce prénom d’Hélène, qu’il affectionnait.
- Notre amitié a trop de résonance pour moi,
répondait Hélène. Je dois partir.
- Je vous en prie, réfléchissez
, insistait l’homme. Peut-être peut-on simplement attendre...
Troublée, mais têtue, la Belle Hélène refusait. Le prince se prenait la tête entre les mains et laissait s'attarder ses longs doigts fins lentement le long de ses paupières comme si la réalité lui était insoutenable et qu'ainsi il tentait de la faire glisser loin de lui. L'une de ses jambes tressautait incessamment.
Sa mère se taisait. Elle ne bougeait pas et cependant Aurélien superposait l'image d'une tourterelle que son père avait piégée un jour et qui battait des ailes dans un dernier effort inutile.
Le prince ressemblait à un bouquiniste de la rue Pierre Levée qu'Aurélien avait un jour entrevu alors que sa mère recherchait pour un ami une vieille édition du Tour de France de deux enfants. Mais Aurélien n'en avait pas conscience et s'en serait étonné si quelqu'un lui avait fait remarquer. Il avait revêtu son personnage d'un costume moyenâgeux avec une coiffe brillante de grand chambellan qui contrastait fortement avec une épée des temps futurs.
Aurélien variait parfois les versions de son histoire. Par exemple, Hélène pouvait devenir insolente et provocante : elle couvrait l'homme de ses attentions et c'était lui qui reculait et fuyait, menaçait de partir et se réfugiait dans la plus haute tour d'où Aurélien lui faisait s'écrier sur un ton mélodramatique :: "N’insistez pas, Hélène, je suis redevable et promis à une princesse et vous êtes l'épouse d’un empereur à qui vous avez donné un fils..."
Mais sans conteste, le meilleur épisode était celui où sa mère, au bord des larmes (il ne voulait surtout pas qu'elle pleure, il ne supportait pas de la voir pleurer), s'éloignait enfin de cet individu, invoquant son fils Aurélien qui l’attendait (Justin était parfois associé, mais ce n'était la plupart du temps pas nécessaire...) Aurélien ruminait cet épisode inlassablement, ajoutait ou retranchait de nouveaux éléments romanesques : un ciel orageux pesant sur le château, des chauve-souris voletant au tour du donjon, une buse planant ou le regard vert menaçant d'une autre femme à l'opulente chevelure rousse qui apparaissait aux détours d'un chemin de ronde.
Il n'osait jamais lui faire quitter définitivement ce prince afin de pouvoir à nouveau à loisir alimenter une suite et des rebondissements à cette histoire. Confusément, il sentait également qu'il n'en avait pas tout à fait le droit...
Quand sa mère réapparaissait de l'aventure folle qu'il lui avait fait vivre et qu'il l'observait à la dérobée, il se demandait quelles pensées secrètes l'habitaient maintenant. Comment avait-elle pu s'échapper d'une telle histoire et retrouver le chemin de la maison ? Quelle magie avait permis qu'elle ne s'égare pas et soit de retour parmi eux ? Car il ne transparaissait rien des équipées maternelles dans la vie quotidienne : elle souriait à Justin qui faisait le pitre en bout de table, interrogeait son père sur les récoltes, s'inquiétait de ses devoirs de vacances et téléphonait à grand'mère.
Aurélien plusieurs fois avait tenté d'évoquer un château, un prince et les péripéties d’une prisonnière, mais sa mère l'avait écouté avec son attention ordinaire. Il avait été très impressionné de constater comme elle savait déguiser ses émotions : son visage était resté à chaque fois indifférent à son récit. Il avait juste remarqué – voulait-il croire - une imperceptible crispation de la lèvre inférieure et un léger plissement de l’œil droit -celui qu'elle clignait toujours quand elle réfléchissait ou qu'elle vous prenait en faute.
Il réitérait donc à chacune de ses absences ses histoires magiques et ressuscitait inlassablement son prince.
Un après-midi cependant, elle rentra d'une plus longue absence et son visage parut si défait à l'enfant qu'il lui évoqua on ne sait quelle douloureuse épreuve ou souffrance, une souffrance qui aurait perdu de son acuité, mais en aurait laissé trace.
"Etait-ce un prince qui la transformait ainsi?" s'interrogea-t-il "ou avait-elle payé une quittance à un enchanteur désenchanté croisé à l'orée d'un bois ? Ou bien avait-elle dû passer un compromis avec une magicienne rivale et triomphante ? Ou encore à quelle désillusion le lutin fou de la forêt l'avait-il menée ?
", car les voies de son imaginaire renfermait tant d'êtres inattendus et malfaisants, contradictoires ou charmeurs, qu'Aurélien n'avait pas de réponses à ses délires. Pourtant, il pressentit qu'il était temps pour lui de mettre un terme aux légendes qu'il se racontait.
Et ce même soir, quand sa mère l'embrassa dans son lit, lui passant la main sur le front et entre les cheveux, réitérant son coutumier "Dors bien, chéri, à demain", il fut sûr de sentir l'effleurer, comme un souffle, l'absence d'une tendresse d'homme ou le deuil secret d'un désir.
A l'ombre du tilleul, accroupi, alignant des petits cailloux, l'enfant par en dessous
regarde sa mère. Un coq s'époumone. Le ciel bleu les cerne de tout côté. Elle s'est assoupie et il n'ose pas bouger. Le même livre inachevé offre ses pages au léger vent qui les agite.

vendredi 21 mars 2008

L’occasion fait-elle le bon larron ?

Une brève poésie douce-amère pour le week-end... cela vous reposera des longs textes !
J'essaierai de vous proposer quelque chose de plus conséquent en fin de week-end.



Tel un oiseau de passage
qui se paye un détour et se pose avant le retour
en douce.

Tel un voyageur sans bagages
qui s’autorise une étape et prend quelque repos
en fraude.

Je te vois venir dans mes parages
pour quelque partage.

Je suis la bonne auberge
l’hôtesse aux mains ouvertes
dont le pouce à ton front espace les ravages du temps
un moment
et s’engage à t’éviter le naufrage
après l'escale.

Pourquoi se dire au revoir ?
A quoi bon la tentation d’une histoire ?
Aucun gage. Ce n’est plus de notre âge.
Pas de mots. Même en marge

Je reprends d’autres entourages
tu as tourné la page
Je redeviens sage et volage
...même si c’est moi qui reste en cage

mardi 18 mars 2008

La rencontre de Muriel

Cette nouvelle est délibérément désuette. L'histoire se déroule avant que le téléphone portable vienne bouleverser nos habitudes. Nous sommes au temps du minitel : pas encore d'internet ! C'est dire que cela ne parlera qu'à des "anciens" ! Mais c'est tout de même une aventure qui pourrait s'actualiser avec les nouveaux modes de communication. Peut-être l'écrirai-je alors à nouveau...

Collection de l'auteur
Acte I
Beaucoup de gens prennent leurs malheurs au sérieux. Ce n'était pas le cas de Muriel. Pour la bonne raison qu'elle ne s'en reconnaissait aucun.
Sa vie s'était écoulée régulière. Ses parents étaient toujours en vie et en bonne santé. Son emploi n'était pas menacé et elle était contente de son modeste deux-pièces tout confort au deuxième étage d'une cour tranquille du 14ème arrondissement, appartement qu'elle avait acheté presque comptant il y a deux ans.
En réalité, elle ne distinguait pas non plus de grands bonheurs dans son existence. Peut-être en y réfléchissant, qu’elle s'y dénicherait quelques petites joies : un thé brûlant un soir d’hiver en rentrant chez elle, après avoir musé à la Grande Epicerie du Bon Marché. La lecture de quelque billet d'humeur de Claude Sarraute dans Le Monde ; ou même cette sensation de bien-être lorsqu'elle se couchait tardivement, après une journée de travail bien remplie et après s’être passée un coton imbibé de lait de bébé sur le visage.
A quarante et un an, elle commençait néanmoins, par moments, à s'ennuyer. Fonder un foyer n'était plus à l'ordre du jour. D'ailleurs cela ne l'avait jamais vraiment tenté. C'était synonyme d'enfants criards et turbulents qui ne voulaient jamais dormir en même temps que vous, de corvées ménagères et d’un mari devenant rapidement taciturne, ou pire qui avait des copains… Elle savait ce qu’elle disait : elle entendait ses collègues au bureau. Elle remerciait ses parents, enfants uniques, de n'avoir eu qu'elle, afin de qu'elle n'ait pas non plus à subir ce qu'on appelle «une grande famille» avec ce que cela comporte de cousins-cousines, de fêtes, de cadeaux de circonstances, d'enterrements inattendus, mais obligatoires, sans parler des mariages où on fait semblant de s’amuser et où on boit trop. Certes, il est de bon ton de se féliciter d’avoir une famille, mais secrètement, elle était ravie que la sienne soit réduite à peau de chagrin !
Ceci étant, elle n'aurait pas refusé une histoire d'amour. Mais là... Que nenni. Question de circonstances peut-être ? Elle avait d'abord misé sur ses études, puis s'était acharnée sur son travail de documentaliste pour atteindre un poste à responsabilité dans son entreprise. Ensuite, il y avait eu les économies à prioriser pour acheter cet appartement. Et puis, elle l’avait aménagé avec soin. Il fallait voir comme il était douillet et raffiné aussi. Le temps avait donc filé entre son activité professionnelle, ses cours de chants, des vacances organisées un peu partout dans le monde, une soirée ou deux par mois avec Denise, une amie de lycée et les soins à son chat Orphéon.
Allongée sur son lit, Muriel se concentrait sur ce dimanche qui commençait. Habituellement, après une toilette rapide, elle aurait déjà été au marché. Mais aujourd'hui, elle mettait de l'ordre dans ses idées. Rencontrer quelqu'un la turlupinait particulièrement depuis que Denise avait rencontré Léonardo. Certes, un immigré gambien en situation précaire n'était pas ce qu'elle souhaitait pour elle-même, mais malgré tout, pour Denise, c'était une très belle histoire...
Pour sa part, Muriel se serait plutôt vue plutôt avec un dentiste ou un libraire, voire un professeur de musique. Le hautbois avait toujours suscité son admiration.
Elle se rendait compte qu'elle butait sur un obstacle essentiel : où et comment rencontrer un homme qui vous convienne ! Elle pensait honnêtement qu'un certain nombre d'hommes pouvaient lui être destinés. Parallèlement, n’étant pas idiote, elle se rendait compte qu'avec sa vie « rangée », elle ne fréquentait aucun lieu susceptible de lui en faire rencontrer. Car il était clair qu’elle n'était pas femme non plus à se laisser aborder n'importe où !

Acte II
Pourtant, un jour qu’elle faisait une queue interminable à la Poste pour retourner un colis aux Trois Suisses (un chemisier, qui faisait des poches sous les bras et qu’elle ne pouvait pas envisager un instant de porter), elle répondit à un sourire d’homme. Comme ils durent attendre une demi heure avant d’atteindre le guichet, ils échangèrent quelques mots. L’homme était jovial et donnait confiance. Un peu rond., mais toutefois bien de sa personne.
Il lui dit qu'il s'appelait Hubert. Cela fait chic, pensa-t-elle. «Hubert et Muriel», cela ne sonnait pas mal du tout. Elle ne comprit pas très bien s'il vendait, importait ou réparait des calculatrices. Mais il gagnait très correctement sa vie à ce qu'il déclarait. Il n'eut pas l'air de relever qu'elle avait elle aussi une «bonne place» et il lui proposa presque distraitement de «prendre un pot» ou de «manger un morceau» un de ces soirs...
Elle accepta de dîner avec lui dans la semaine. Il la rappela à son travail un jour avant pour lui confirmer leur rendez-vous et lui indiquer l'adresse d’un restaurant près de l’Opéra où il l'attendrait à 20 heures. «Je serai là sans doute avant vous, lui précisa-t-il. Je travaille à côté.» Lorsque la soirée en question arriva, elle avait passé tous les jours qui précédaient à se forcer à penser à autre chose. Mais maintenant, c'était là, il fallait y aller. Et d'abord choisir comment s'habiller.
Muriel avait hésité : un tailleur ? Trop strict. Une robe ? Trop avenant. Elle avait en fin de compte enfilé une jupe noire ample et un chemisier de soie crème. Elle avait aussi opté pour le collier de perles fines que sa mère lui avait offert pour ses quarante ans.
Elle essaya ensuite un béret de velours noir à fleurs vives. Cela faisait démodé, presque «tapisserie». Son amie Denise lui avait déjà dit une fois... Qu'importe, elle se sentait à l'aise avec ce couvre-chef. Elle le mit.
Elle passa dans la salle de bains pour la séance de maquillage. Elle dut s'y reprendre à plusieurs fois. Elle se maquillait rarement. Trop c'était trop, mais pas assez laissait transparaître son teint brouillé. Quant à ses yeux, un vrai calvaire ! Elle ne parvenait pas à camoufler ses cernes. De plus, cela la piquait. Elle dérapait avec le crayon. Elle finirait par se crever un œil dans ces conditions-là ! Le manque d'habitudes... La dernière fois qu'elle s'était maquillée, c'était pour une fête de fin d'année chez Denise. Elle se figea, prenant subitement conscience de son visage dans la glace. Tout ce fatras pour un homme ! N'était-ce pas juste ridicule ? OK ! Un homme l'avait invitée à dîner. Bravo ! C'était assez rare pour qu'elle s'en félicite. On était bien d'accord. M'enfin en même temps, pas suffisamment pour s'exciter comme cela. C'était plutôt banal et ce n'était en rien le signe d'un début de commencement.

Acte III
Assis en face d'elle dans le compartiment du métro, un homme s'agitait. Muriel l'observait à la dérobée pour s'éviter de penser à son rendez-vous.
L'homme sortit une, deux, trois... une dizaine de montres qu'il soupesa et contempla longuement une à une. Puis, il écouta ensuite chacune d'entre elles. Enfin, il les mit à l'heure, à leur heure. C'est-à-dire pour que chacune d'entre elles indique son heure propre : 4 h 15 - 16 h 33 - 12 h 30, etc. A la station de métro des Halles, il les rempocha toutes brusquement et descendit au moment où les portes du métro se refermaient.
Muriel soupira. Que de fous ! Un moment, elle frissonna en se demandant si cet Hubert ne pourrait pas être...
Elle descendit à la station Quatre-septembre et trouva rapidement le restaurant que Hubert lui avait indiqué. C'était une sorte de bar à vin. Quelques couples dînaient, mais l'essentiel de la clientèle, des hommes, était au comptoir, devant des verres-ballon bien remplis. Certes, ils semblaient être civilisés (peut-être des courtiers), mais tout de même, elle n'aurait jamais osé y mettre les pieds sans être sûre d'y être attendue. Heureusement Hubert était là. Il se leva aussitôt pour l'accueillir.
Il était certainement un habitué de la maison car le patron l'interpella presque aussitôt pour lui annoncer qu'on le demandait au téléphone. Il s’excusa et se dirigea vers le fond de la salle. Il resta absent cinq à dix minutes.
Entretemps le patron l’avait installée à une table sur laquelle il déposa une bougie «pour l'ambiance», souligna-t-il. Hubert revint. Elle remarqua que le menu ne proposait que des plats roboratifs. Elle se décida finalement comme lui pour une andouillette «cinq A». Tant pis pour sa ligne. Il demanda aussi un Saint-Amour. En prenant la commande, le patron signala à Hubert qu’un appel l’attendait au bar. Il sembla à Muriel qu’il avait eu un clin d’œil égrillard. Mais elle n’en était pas tout à fait sûre.
En fin de compte, ce manège recommença encore deux fois de suite à intervalles rapprochés. On l’appelait au téléphone, le patron lui faisait un signe et Hubert se levait et y allait…
A son quatrième retour, elle constata qu'il revenait joyeux et animé, en tout cas avec l'air d'un homme satisfait de lui. Depuis son deuxième déplacement, il ne s'était même plus excusé en quittant la table. Il était rassis maintenant et lui demandait comme à chaque fois qu’il revenait : «De quoi parlions-nous au juste ?». Elle finit par s'agacer dans son for intérieur. «N'avait-il donc pas le téléphone chez lui ?». «Etait-il obligé de traiter ses affaires ce soir alors qu'il l'avait invitée ?» Mais avant même qu’elle ne puisse l’interroger, il était déjà debout et reparti pour la cinquième fois… Lorsqu'il revint, elle n'y tint plus et le questionna. Que se passait-il ? Qu'est-ce qui le faisait courir comme ça ? C’était quoi ces coups de fil incessants ? Avait-il des difficultés, un problème ? Pouvait-elle faire quelque chose ?
Il la rassura d'un geste ample de la main, presque de seigneur. Non, du tout, du tout, la rassura-t-il. Il avait simplement passé une annonce sur minitel pour rencontrer une femme, la quarantaine environ, ni plus ni moins. Mais, ajouta-t-il, comme il s'était engagé à dîner avec elle ce soir-là, il s'était domicilié, si on peut dire, au restaurant et en avait donné le numéro. Le patron était un ami. «Cela ne l'aura pas dérangé», affirma-t-il.

dimanche 16 mars 2008

L’homme d’Avignon

J'ai été longtemps une fervente participante du festival d'Avignon. Je ne connaissais de la ville provençale que sa période estivale où se bousculent gens de théâtre, spectateurs, touristes de passage... Les habitants ont du mal à se frayer un passage. Bref, s'y presse une foule qui ne cesse de parcourir la ville en tout sens, à toute heure. Ils ne s'arrêtent un moment que pour s'affaler à une terrasse d'un des multiples cafés de la ville pour y discourir, grignoter un peu et regarder les autres s'agiter. Peu d'aires de repos, de calme et de silence... C'est la règle du jeu. Et un plaisir aussi pour quelques jours. Une ambiance à nulle autre pareille.
Et puis, il n'y a pas très longtemps, revenant de Barcelone, je m'y arrêtai avant le retour du printemps...

Avignon, l'été, en période de festival


Avignon au sortir de l’hiver. A la tombée de la nuit. Un dimanche soir. Quelques touristes bruyants autour du Palais des papes et puis, plus rien. Des rues quasi désertes que trouble parfois une moto qui tourne en vrombissant. Une portière de voiture qui claque, un couple revient de week-end et décharge rapidement ses bagages.
La rue des Teinturiers si agitée l’été en temps de festival, vide, presque sordide. Une vieille femme, une pelle pleine de terre à la main, rempote une jardinière. Elle arrête un instant son ouvrage pour me regarder passer. Un homme seul ? Inconnu du voisinage… Cela intrigue. A proximité, un chat. Mais oui, un chat. Comme dans toutes les rues abandonnées. Immobile sur le capot d’une camionnette. Lui aussi me dévisage, hautain. Les cafés, les salons de thé, les « shops » de fringues sont clos. Certaines boutiques sont même muselées à l’aide de planches en bois. Ce sont celles qui, en juillet, ouvrent des arrière-salles inconfortables, minuscules, brûlantes où s’exhibent de jeunes troupes, plus ou moins talentueuses. Au loin, j’aperçois deux restaurants faiblement éclairés qui s’entêtent à exister. A la Tarasque, trois très jeunes filles tiennent boutique et proposent quelques plats, pseudo biologiques, pseudo exotiques. Une soupe brûlante de légumes anciens, un civet de lapin aux agrumes avec basmati, une compote acidulée. Cela m’ira. J’y entre.
Déjà assis, un couple exemplaire et leurs deux enfants — une fille-un garçon, le choix du roi disait ma grand-mère — dînent calmement. Le père explique en pédagogue les étoiles du ciel. La mère est attentive. La fillette est sage comme une image et le gamin babille et fait l’intéressant à propos d’un manga. J’observe l’homme et la femme. Ils sont encore jeunes. Ils sont encore beaux. Ils échangent de temps à autre des regards complices. « Comme nous avons fait de beaux enfants ! Comme ils sont vifs ! Comme ils sont intelligents ! Comme nous les aimons et comme nous nous aimons… ».
Les retrouverai-je dans quelques temps, leurs bambins devenus ados insatisfaits et grincheux ? Le couple aura-il alors d’autres regards — absents, frustrés, déçus, toujours heureux ?
Ce moment inoubliable et quelques autres encore auront-ils su prolonger cette vie à deux mieux que je n’ai su le faire. Peut-être l’homme continuera-t-il ses misérables discours à une progéniture indifférente ou auprès d’autres enfants conçus depuis. A moins qu’il ne réalise mon rêve inavoué et s’adresse à une femme-fleur rencontrée à la bibliothèque municipale ou au théâtre... Je l’imagine toute extasiée du savoir de l’homme mûr. Et sa femme (mon ex ?) se pâmera peut-être en ce temps lointain devant un autre bellâtre qui, lui, n’entendra rien aux étoiles. Et ce sera tant mieux, se murmurera-t-elle.
Avignon, l’hiver, ne donne de spectacles que dans l’intimité de salles repliées sur elles-mêmes. Pas de scène, pas de public pour les apprécier et en applaudir les interprètes. Enfin si, un homme solitaire de passage et sans but, qui a oublié son journal dans sa chambre d’hôtel.

vendredi 14 mars 2008

Portes ouvertes à la Goutte-d’Or : l'homme d'art

Lors des portes ouvertes d'artistes, que ce soit à la Goutte-d'Or, à Belleville ou ailleurs, l'occasion est donnée de rencontrer les artistes eux-mêmes, disponibles ces jours-là à expliciter leurs oeuvres... Voilà l'origine de ce court texte.

Assis en tailleur dans le hall de l'immeuble, galerie d'un soir, il s'expliquait :
— C'était une tôle. J'avais découpé des formes pour un tabouret ou une table. Peu importe, c'est pas l'histoire. Et j'ai replié cette tôle rouillée pour la porter aux poubelles. Et là, j'ai eu l'éclair, le choc, j'ai dit : n'y touche plus, Paul, n'y touche
plus. J'y ai plus touché. J'ai juste coulé le socle et l'ai soudée dessus. Eh voilà l'œuvre... Phénoménal, non ?
Il reprit :
— Là, cet arbre, enfin ce bout de tronc.

Il désignait un rondin partiellement fendu obliquement qui laissait apparaître le cœur du bois proprement dit.
— Le hasard... Tout est hasard dans l'art... Tiens, ça, un copain me l'a fait traîner, m'a obligé de le rapporter. Et puis un jour, pourquoi donc, j'en coupe un bout. Et c'est encore le choc, l'extase. J'y touche plus que je dis. C'était trop beau, trop, cette tranche d'arbre !
Il dégoisa encore un moment sur les hasards, les rencontres, les croisements autour d'une racine, d'une branche morte, d'un tronc éclaté, d'un tiroir vide ou d'une tige de plexiglas...


Artiste en possession des faveurs d'un public de passage, il s'exhibait, émerveillé de ses productions.
Il discourait ce naïf grisonnant pour qui l'art était partout, prêt et brut, attendant le regard, celui du clair voyant qui saurait le déceler et en l'exposant dessiller des regards jusqu'alors aveugles. Il était médium visionnaire, nous étions privés du sens de la vue.

lundi 10 mars 2008

Chez Bachir

C'est devenu banal dans les restaurants de voir des vendeurs ambulants proposer une rose ou encore du jasmin aux clients attablés. Une vieille femme c'est plus rare. Mais, cela arrive. Si l'on en croit les cartes postales anciennes, il existait déjà des fleuristes ambulantes. La carte ci-dessous est de mars 1901. Le texte évoque aussi la vilaine grippe qui sévissait à l'époque...



Elle s'était approchée pour nous proposer ses fleurs qu'elle tenait pelotonnées contre elle. De l'autre main, elle trimbalait un sac jaune plein à craquer, retenu par une ficelle. Nous refusâmes d'un signe, occupés que nous étions à nous regarder.
« C'est parce que je suis v
ieille que vous ne m'achetez pas de fleurs ? » demanda-t-elle résignée et sans geindre. « A une jeune, vous auriez acheté, je suis sûre ? », insista-t-elle en secouant pensivement la tête.
Je la regardai alors et vis un joli visage ridé, rond et plat qu'enserrait un fichu gris. Les pommettes étaient hautes et colorées. Ses yeux, qu'elle avait petits et bridés, de couleur indistincte, luisaient malignement.
Basile la regarda à son tour.
Elle nous dévisagea l'un après l'autre, puis lâcha doctement :
« Oui, l'amour, c'est à tout âge. Même au mien, faut encor’ faire attention à c’te débâcle. Toujours se méfier que ça ne revienne pas sans crier gare. C'est peut-êt’ bon d'aimer, mais c'est toujours dangereux."
Je ris et l’interrogeai :
« Croyez-vous donc que je risque beaucoup avec cet homme-là ? »
Elle parut prendre ma question au sérieux, recula d'un pas et examina Basile longuement. Basile avait revêtu son air doux et gêné que j'aime et se laissait faire. Un doigt sur ses lèvres, elle me questionna :
« C'est un Français ?" et elle ajouta avant que je ne réponde : « Vous le fréquentez depuis longtemps ? »
« A vrai dire, non. En fait, je ne le connais pas trop... », lui répondis-je amusée.
«L’est Espagnol, peut-être », lâcha-t-elle, en toisant, dubitative, mon compagnon.
Basile murmura qu'il était italo-grec, enfin de loin...
A cette révélation, la femme s'illumina. Elle sourit. Elle dit qu'elle aussi venait de loin, de très loin même, de Mongolie pour tout dire. Puis, sans dire un mot de plus, elle s'éloigna soudain sans que me laisser le temps de sortir quelques pièces pour lui acheter ses fleurs. « Je n’en saurais donc pas plus », confiai-je à Basile.
Nous la revîmes un peu plus tard quand nous quittâmes restaurant. Elle était debout, immobile, dans son long imperméable bleu délavé, résistant au vent, ses roses contre la poitrine.

Mais elle ne nous reconnut pas quand nous passâmes près d'elle et Basile m'entraînait déjà vers la voiture
.

samedi 8 mars 2008

Betty Joly

Le 8 mars, c'est la journée des femmes. Je vous propose donc une histoire un peu plus longue où deux femmes vont se croiser. En fait, cela se passe un dimanche matin. Ce jour-là...

...Betty Joly effectuait une promenade au square des Epinettes dans le 17ème arrondissement.
C’est pourquoi ce dimanche de juin, orageux, juste avant midi, Mélaine la vit lentement passer. Mélaine s’était assise sur un banc, après avoir acheté des fruits, avenue de Saint-Ouen et hésitait à retourner déjà chez elle rue Championnet. Personne ne l'y attendait. Son regard flottait entre les pelouses. Les autres bancs étaient occupés par d’autres solitaires plongés dans leurs pensées. Et soudainement, sans raison, ses yeux avaient glissé sur le sable gris à quelques mètres devant elle. Elle l’avait vue alors déboucher de sa démarche cahotante, presque handicapée. Elle n’avait pas pris conscience tout de suite de ce qu’elle apercevait… Une tortue. Une tortue mi verte, mi jaunâtre d’une quinzaine de centimètres de long, se dandinant, traînant comme on dit sa carapace. Etonnée, Mélaine ne put s'empêcher de penser à Joël. il lui aurait certainement dit : « Quelle plaie cette maison à emporter partout ; s’il fallait faire de même…». La bête en tout cas allait tranquille, vers un but d’elle seule connu. Mélaine la suivait des yeux, fascinée. Que faisait donc cette tortue, seule dans ce jardin public ?
Ce n’est que peu à peu qu’elle perçut une voix de femme marmonner « Tu ne pourras pas dire que je ne t’ai pas sortie aujourd’hui ! Hein ! Tu en profites bien dis donc ». Relevant la tête, Mélaine découvrit une vieille femme, vêtue avec soin, endimanchée, qui trottinait de biais derrière la tortue. Elle tenait d’une main un sac en plastique et de l’autre un mini transistor réglé qui crachotait les paroles indistinctes d'une radio périphérique. De temps à autre, la femme s’asseyait sur un bord de pelouse, attendant mélancolique que l’animal reprenne de l’avance ou la rattrape.
A un moment donné, la vieille femme s’assit sur un bout de banc, tripota le sac en plastique, fouilla dedans et en sortit victorieuse quelques feuilles de salade et une endive. Elle les brandit en direction de la tortue, comme pour l’attirer vers elle, puis déposa le tout par terre. La tortue ne se fit pas prier, rappliqua à son rythme et se mit à dévorer ce déjeuner sur l’herbe.
Puis, subitement détachée du sort de la tortue, la femme se mit à écouter sa radio. « Et blablabla, et blablabla », discourait-elle, en faisant des moulinets de son bras libre dans l’espace chauffé de ce milieu de journée.
A l’extrémité du banc, une autre femme autour de la soixantaine lisait, indifférente aux gesticulations de la vieille, une revue féminine. Un peu plus loin, un Maghrébin, sans doute à la retraite, la tête appuyée sur le revers de la main, semblait songer, peut-être à son pays ou à ses anciens copains de boulot, à une épouse évanouie ou à son estomac qui faisait des siennes.
Un peu plus loin encore, sur une autre pelouse, un jeune couple, bien comme il faut, s’entêtait à déposer un nourrisson de quelques semaines dans les bras d’une fillette de 3-4 ans, dont le sourire forcé se transforma en rire avant de se figer enfin pour satisfaire à la photo du père et aux futurs souvenirs de la mère.
Mélaine avait balayé du regard tous ces gens, mais elle était aimantée par cette femme et la tortue. Celle-ci s’appelait « Betty Joly ». Enfin, c’est ainsi que la vieille lui adressait la parole. « Tu te régales, hein Betty Joly. Tu auras eu un sacré repas, non ? Profite, ma belle ! Profite ! O, n'a pas tous les jours 20 ans». En prononçant ses mots, la femme présenta le côté gauche de son visage au soleil et Mélaine s’aperçut, effarée, que toute la peau en était boursouflée, rose vif, malade… comme un psoriasis géant qui se serait développé et aurait enflé récemment. Et de profil, la femme ressemblait tout compte fait à sa tortue. Mélaine se sentit mal à l’aise devant ce mimétisme. Elle chercha autour d’elle quelqu’un avec qui partager, ne serait-ce qu’un instant, son désarroi. Mais comme on approchait de 13 h, la famille heureuse était partie, la lectrice et le vieil arabe, eux aussi avaient disparu.


Photo empruntée au blog : vinsurvin.blog.20minutes.fr

Mélaine était seule, non loin de la femme à la tortue dont la radio continuait de grésiller. La vieille avait fermé les yeux et balançait sa tête de gauche à droite, ayant oublié pour un temps sa bestiole. Il semblait même qu’elle fredonnait l’air d’une chanson connue. Du Trenet peut-être…
Mélaine ressentit alors sa solitude et toutes les autres qui traînaient dans ce jardin, et au-delà dans les rues, et aussi à l’intérieur de ces petits appartements du quartier Guy Moquet. Elle-même, depuis le départ de Joël, attendait les dimanches avec cette résignation qui caractérise ceux accoutumés à ne vivre qu’avec eux-mêmes. La femme, quant à elle, venait à nouveau de se lever. Elle avait récupéré sa tortue qu’elle tenait distraitement dans l’une de ses mains, et s’éloignait lentement en boitillant légèrement vers la grille d’entrée.
Mélaine crut un moment qu’elle s’était retournée et qu'elle avait entrevu un vrai visage d’écailles et un bec corné.
Elle courut vers la femme afin de s’en assurer et de se rassurer. Elle l’interpella : « Madame, Madame ! ». La vieille s’arrêta. Mélaine aussi à quelques pas derrière elle. « Qu’y a-t-il donc ? » demanda la femme sans se retourner.
Mélaine bafouilla : « Rien, non rien. Enfin… oui… c’était la tortue, je la trouve très… très sympathique... »
« Ma Betty Joly, n’est pas une tortue.» éructa-t-elle. «Elle n’a que l’apparence de l’animal. En vérité, c’est ma fille ». Et elle continua sa route en psalmodiant « Ma Betty Joly n’est pas une tortue… ». Mélaine resta immobile un moment, puis reprit le chemin de chez elle, où l'attendait un reste de viande froide et quelques tomates. Et sans doute aussi un yaourt.

jeudi 6 mars 2008

L’entrecôte

Vous connaissez sans doute la chanson des Frères Jacques, L'entrecôte... Je ne sais pas si j'avais en tête cette chanson lorsque j'ai écrit ce texte. Mais je crois que ces paroles devaient avoir fait date dans ma mémoire. Bien sûr, mon histoire se passe dans le 18ème arrondissement et se déroule dans un bus, comme dans Exercices de style !



La rue de la Chapelle en 1919 et le "bus" de l'époque


Le bus bondé progressait lentement rue de la Chapelle. La vieille femme avait agrippé la manche de son voisin. Elle s'adressa à lui avec conviction et amitié ponctuant son discours d’une légère tape régulière sur son genou. Celui-ci, embarrassé, jetait furtivement des regards vers les autres voyageurs qui restaient absorbés, semble-t-il, par le spectacle de la rue.

"C’est qu’à 22 ans, ça mange, dites-donc.
Tenez, la dernière fois que je l’ai vu, c’était, attendez donc, en mars... Non, en février. Il était venu. Il couchait chez sa grand-mère. Vous ne la connaissez pas, bien sûr. Ca n’a pas d’importance d’ailleurs.
Bon, eh bien, il est venu prendre un repas chez moi. C’était convenu comme ça. Quand il était petit déjà, il venait prendre un goûter de temps en temps. Bref, je lui dis quand il arrive
- “Qu’est-ce que tu veux manger à midi ?”
Alors il me répond :
- “Ecoute mamie - il m'a toujours appelée mamie. Ecoute mamie, je mangerai bien une entrecôte, parce que là-bas, c’est pas tous les jours qu’on en a”.
Pourtant vous savez, il est avec les sous offs et il connaît bien les cuisiniers aussi. M’enfin bon. C’est toujours pas comme chez soi. Je lui dis d’accord, je vais acheter une entrecôte.
Ah ! Elle était belle, cette entrecôte. Pensez, je l’avais payée 40 francs. Pour une belle entrecôte, c’était une bien belle entrecôte. Je l’avais cuite à point, comme il l’aimait. C’est ce qu’il avait demandé : “A point, mamie. Ni trop cuite, ni pas assez”.
Je lui amène sur la table. Moi, je m’étais pris un petit haché. Pour mes dents, vous comprenez. Bref, je pose l’entrecôte sur la table, puis je m’en retourne chercher un couteau à la cuisine. Il avait déjà eu son entrée, pensez bien. Je sais plus ce que c’était. Peut-être une tomate vinaigrette et de l'oeuf dur. Qu’importe. Bon, j’arrive donc avec mon couteau et je vais pour lui en couper un bout de son entrecôte.
- “Qu’est-ce que vous faites là, Mamie ?” qu’il me dit.
- “Je t’en coupe un bout pour ce soir. Pour que t’en remanges, tiens !” que je lui réponds.
Alors il a ri et m’a dit : “Mais, Mamie, je vais vous la manger tout d’un coup ce midi votre entrecôte”.
Pensez une entrecôte comme ça ! une entrecôte à 40 francs ! Eh bien si, Monsieur, il me l’a toute mangée ! D’un coup ! Moi qui mange comme un piaf. A mon âge, vous me direz. Tenez, je le vois encore se la découper et se l’envoyer en un repas !”.


mardi 4 mars 2008

Rue Doudeauville


Cette rue du 18ème arrondissement dans le quartier de la Goutte-d'Or a vu se dérouler mon enfance, puisque mes grands-parents y habitaient et me gardaient bien souvent.
Voici la rue au siècle dernier, au niveau du pont qui surplombe la voie en provenance de la Gare du Nord. Les enfants y regardent toujours passer les trains. D'où ce texte écrit en plein été...

Sur le pont Doudeauville, une nuée de petites Africaines poursuivaient des voletées de coccinelles. Cette année-là, en plein mois d'août, les bêtes à bon Dieu avaient envahi la capitale sans qu'on se l'explique. Les gamines, quant à elles, cherchaient comment combattre l'oisiveté forcée d'une enfance à Paris pendant les vacances. Cantonnées et livrées à la rue, elles allaient, venaient, couraient, s'essoufflaient et repartaient comme les insectes qu'elles poursuivaient.
Avec leurs robes bariolées, leurs petites têtes chocolat aux cheveux bien tressés, elles remontaient trottoir après trottoir, chapardant parfois un fruit à l'épicier arabe, lui aussi ouvert tout l'été, ou jouaient dans un caniveau au maigre filet d'eau.
"Allons voir les chats près du terrain vague de la voie ferrée", s'écria soudain l'une d'entre elles.
Et elles s'échappèrent en poussant des petits cris effarouchés et excités, séduites à cette nouvelle idée de vagabondage.


lundi 3 mars 2008

Les fêtes foraines

Lorsque les fêtes foraines sont sur le point de fermer, abandonnées peu à peu, l'atmosphère y est toute autre. C'est l'heure où j'aime y passer. Cela vous vaut un texte écrit il y a quelques années déjà.

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La fête à Neu neu


Illuminé encore, un manège fonctionnait dans le vide. Il était minuit passé. La fête était désertée. Cinq vieils adolescents sur des chevaux de bois tournoyaient au son de valses de Vienne désuètes et langoureuses. Le phono crachotait, mais n’empêchait pas les enflures de la musique.
Tels des pantins, ces trois hommes et deux femmes se laissaient enivrer par le tournis. Ils poussaient des cris et riaient. Ils se trouvaient comiques et attendrissants, sortis d’un film italien dérisoire et grotesque.
Quand le manège se figea, ils se décrochèrent de leur monture, en douceur, légèrement empotés, et repartirent éméchés et nostalgiques, s’accrochant les uns aux autres dans les allées silencieuses et solitaires.
Les lueurs des lampadaires projetaient sur eux les ombres menaçantes et prometteuses des stands et des machines infernales. Solidaires de quelque passé commun, ils cheminaient sans hâte et sans désir.




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dimanche 2 mars 2008

Au jour le jour...

Afin d'éviter un exhibitionnisme excessif, je ne vous raconterai pas ici ma vie.
En revanche, je déposerai des textes que j'aime appeler "instantanés". Ceux-ci me viennent au fil des journées et des regards posés sur le monde.
Ce blog m'obligera à prendre la plume (ou plutôt à tapoter sur mon clavier) pour donner forme à mes lubies, observations, digressions, caprices et autres billevesées...
Sans doute oserai-je quelques photos aussi.
Voilà la "ligne éditoriale" de ce blog et une petite fantaisie pour ce dimanche :

Donne-moi la lune, disait-elle
ou bien la varicelle

Enfin, quelque chose d'immatériel

Il la regarda de travers
presque à l'envers
et lui déclara doctement
"Mais le chat a quatre pattes
Pas une de plus, pas une de moins
C'est en tout cas ce que je crois."





samedi 1 mars 2008

Histoire de gants

Tapis sous la banquette

Ils se dérobaient à mes mirettes

Lorsque subitement je les vis

L’un d’eux s’écria : « Nous sommes pris »

A mon avis, ils s’étaient enfuis

Pour aller vivre leur vie.

L’un aussitôt me prit la main

L’autre s’empara de mon sein

Je les traitai d’impertinents

Et les trouvai fort extravagants

Ils dirent appartenir à un certain gamin

Bref, ils faisaient les malins…

Car il y a fort longtemps

que je ne vois plus d'enfants

Ils dorment désormais au fond de ma besace

Où je les ai jetés de guerre lasse.

vendredi 29 février 2008

29 février 2008 : bonne occasion pour ouvrir un blog !

Allez, ça y est, je me lance et comme une jeune fille crée mon blog.

Voilà que je vais enfin pouvoir vous saouler de ma prose, sans avoir l'air de vous lasser, puisque vous viendrez, décrocherez et zapperez quand vous voulez !

Ensuite, deuxième intérêt (pour moi toujours), je pourrai vous donner des nouvelles à tous et m'éviter l'envoi de multiples mails ! Avec l'âge, il faut s'éviter les grosses fatigues.

Pour cette première fois, l'écrit sera court, car il faut tout de même que je vous prévienne de cette ouverture.

Restez indulgent pour mes débuts, je ne maîtrise pas encore toutes les ressources utilisables pour personnaliser ce blog, mais je m'accroche et j'espère bien progresser.


Merci en tout cas à Pauline qui m'a inspirée pour créer le mien.

En attendant une petite gâterie pour finir la soirée